29.4.07
La culture attend toujours un projet politique...
L'héritage du ministre Lang est trop lourd à porter pour la gauche: le PS ne se sent pas le droit de le remettre en question sachant l'aura positive qu'il possède encore dans le milieu culturel. Dans ces années 80, L'Etat s'est ouvert à de nombreuses formes de cultures jusque là "underground" et a ainsi renouvellé sa place au sein du milieu culturel. Ce nouveau soutien a réellement permis de développer les initiatives de qualité, dans tous les genres culturels et également de professionnaliser nombre d'acteurs culturels.
Cependant, aujourd'hui cette place de l'Etat commence de nouveau à être remise en question. Daniel Templon disais récemment sur France Culture que l'Etat ne devrait agir que dans une validation d'oeuvres et d'artistes nés de l'initiative privée, un aboutissement et non pas en être l'initiateur ou le commanditaire même. Ce serait une telle perturbation dans la politique culturelle actuelle que je ne crois pas que ce soit réaliste aujourd'hui.
Il ya également pour le public un problème de perte de repères, ne sachant que reconnaître comme de l'art : des graf' aux performances, du Kabuki au hip-hop. Tout peut l'être comme ne pas l'être, là est la difficulté.
Il y a surtout un grand besoin d'ambition et d'homogénéité de la politique culturelle de notre pays, de créer des passerelles entre tous les éléments d'une société en adéquation avec sa culture passée comme présente: un enseignement artistique construit (voir à ce sujet le dernier chapitre de cet ouvrage); des intermittents, des artistes plasticiens mais aussi des acteurs culturels; des structures culturelles publiques et privées; et enfin des médias.
Cela les programmes de nos présidentiables le traitent comme un patchwork: dissociant complètement la résolution du conflit des intermittents de l'éducation artistique, le soutien aux artistes de la redevance audiovisuelle.
Aujourd'hui en politique, la culture ne vaut pas pour elle-même mais pour des gains économiques, un effet de vitrine ou du "lien social".
17.4.07
A l’extrême droite : le maître et l’élève.
Contrairement à ce que j’attendais, le programme du Front National possède un véritable chapitre consacré à la culture, avec des propositions très concrètes. Bien entendu ils veulent renforcer le contrôle du public sur les structures culturelles avec des obligations de rendement (où on retrouve M. Sarkozy) et veulent défendre fortement le patrimoine, ils font également entrer l’exception culturelle dans le thème de la préférence nationale (instauration de quotas, par exemple). Ils ont par ailleurs des propositions que l’on peut confondre avec l’extrême gauche : abolition de la loi DADVSI et instauration de la licence globale, baisse des tarifs voire gratuité (on ne sait pas sur quels critères) à l’entrée des structures culturelles, remise en cause des grands groupes de médias attachés à des entreprises liées avec l’Etat.
Philippe de Villiers est beaucoup plus prévisible : la culture n’est présente qu’à travers l’enseignement d’un certain patriotisme dans un refus catégorique du multiculturalisme, quel qu’il soit.
A travers leur programme on peut voir combien le Front National est sorti, dans sa communication, du vocabulaire xénophobe encore utilisé par M. De Villiers mais également combien, en traitant tous les sujets, il cherche ainsi à se donner la mesure d’un grand parti capable de gouverner le pays.
2.4.07
François Bayrou : Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent. Edgar Faure
Si le candidat UDF met en valeur ses propositions culturelles sur son site officiel, il ne nous dit pas les moyens concrets qu’il compte mettre en œuvre pour revaloriser l’éducation artistique à l’école, réorganiser la décentralisation et la diffusion du spectacle vivant ainsi que résoudre la « crise des intermittents ».
Ses affirmations sur les difficultés budgétaires, sur la répartition de l’offre culturelle sur le territoire peuvent difficilement susciter une opposition directe : qui serait contre « un ministère de mission (...) et non de simple gestion, qui garantisse les grands équilibres, fédère, impulse dans le respect du rôle de chacun et mette en cohérence tout ce qui concourt, patrimoine comme création, à rendre la culture vivante et accessible sans démagogie ni marchandisation. » ? Néanmoins, si l’on veut être soupçonneux, on peut se dire que de tels principes permettent d’appliquer concrètement des politiques de droite comme de gauche ; orienter les mesures vers moins de public et plus de privé (donc plus de considérations économiques) ou inversement, selon le sens du vent.
27.3.07
Ségolène Royal : du public au privé
Le projet culturel socialiste parle à tous : des identités culturelles régionales à une politique culturelle européenne, de l’accès de tous à la culture à l’éducation à l’image et, bien sûr, de l’augmentation du budget au développement de l’emploi culturel chacun peut trouver de quoi se contenter. Mais aucune de leurs propositions n’est ambitieuse, peut-être est-ce par manque d’une vision d’avenir pour la France ? Leur action est très orientée vers les médias avec une « taxation des recettes publicitaires des chaînes privées en faveur de l’audiovisuel public » ainsi que la volonté de limiter le contrôle de pans entier des médias et du secteur culturel par des grands groupes.
La nouveauté du discours de Nantes, selon moi, est une orientation de la politique culturelle socialiste vers le secteur privé : « soutien massif aux PME innovantes dans le domaine culturel et les médias » ; « extension de la loi Sueur pour le cinémas d’art et essai aux librairies de proximité » ; « Réactiver le marché de l’art contemporain ». Ainsi la relance de la création et de l’action culturelle passerait par le soutien à des initiatives privées et à un niveau territorial principalement. La volonté semble être de favoriser le dynamisme culturel sans modifier les institutions culturelles en place.
Peut-on considérer cette orientation comme un désengagement du secteur publique dans l’action culturelle ? Est-ce véritablement une politique de gauche ?
Culture et présidentielle
Je n'espérais pas faire preuve d'une grande originalité en m'intéressant à la culture dans le débat présidentiel mais simplement ajouter ma petite pierre à l'édifice (comme on dit). Disons que ce site construit tout un muret...
19.3.07
Nicolas Sarkozy : une culture d’apparat
Fusionner ainsi l'Education et la culture ne s'était pas vu depuis les années cinquante. Sous couvert de renforcer le poids politique et financier du ministre de la culture, NS retourne à une époque où la culture n’existait que dans une valeur pédagogique, d’éducation du petit citoyen. La part culturelle de ce ministère ne risquerait-elle pas d'être subordonnée à l’Education ? Le budget de ce ministère serait-il plus important que l’addition des différents budgets aujourd’hui ?
« Les dépenses de fonctionnement du ministère de la Culture sont passées de 5 à 25% du budget en 40 ans. C’est excessif. » Cette citation nous incite à en douter.
Il y a 40 ans, avec Malraux, le Ministère de la culture n’en était qu’à ses balbutiements, il n’y avait que peu de dépenses de fonctionnement, en effet. Beaucoup d’institutions culturelles se sont créées depuis dont le ministère doit assurer le bon fonctionnement. Que compte-il faire pour réduire ces dépenses ? Certainement, continuer le mouvement de décentralisation et transférer la responsabilité de ces établissements aux collectivités territoriales.
« Il faut confier l’attribution des aides à la création et des budgets du spectacle vivant à des agences indépendantes composées en priorité d'artistes, de professionnels et de représentants du public. En contrepartie, le gouvernement doit fixer des objectifs d’intérêt général à ces aides »
On voit ici l’importance de « l’objectif » à imposer aux acteurs culturels, mettant ainsi implicitement en doute leur légitimité à recevoir les aides de l'Etat. Aujourd’hui ce sont des comités d’experts réunis par les DRAC qui évaluent la qualité artistique des projets dans lesquels de l’argent public va être investi. En quoi leurs jugements sont-ils moins valables que ceux des agences que propose NS ?
« Veiller à accueillir, dans le cadre de notre nouvelle politique, les futures élites intellectuelles des pays étrangers »
Cependant, si cette idée d’élite est mise en valeur avec l’immigration choisie, elle est plus délicate en matière de culture : « Pour moi la culture n’est pas réservée seulement à quelques privilégiés, elle n’est pas que pour une petite élite. »
La France profite du meilleur réseau culturel à l'étranger. Il est effectivement l'héritier de la diplomatie française durant tout le vingtième siècle et peut éventuellement faire l'objet d'une réorganisation, mais comment faire autant de « plus » avec une réduction des effectifs et moins de coûts ?
Sur les sites Internet officiels de l’UMP ou de la campagne de Nicolas Sarkozy il est bien difficile de trouver des propositions en matière de culture. J’ai donc dû me rabattre sur un billet du blog de NS et sur son récent discours prononcé à Besançon. Il ressort de leur lecture une tendance au dénigrement des actions existantes, en particulier en matière d'éducation artistique mais surtout que, pour NS, la culture ne vaut pas pour elle-même mais comme carte de visite de la France à l’étranger et surtout comme faire-valoir à ses politiques d’impôts ( favoriser le mécénat par la réduction de l’ISF) et d’immigration, comme je l’ai souligné plus haut.